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L’histoire de Mégane R. - chapitre I

  • 10 nov. 2024
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 nov. 2024

Il y a un troisième espace dont je n’ai pas parlé, une forme d’excroissance des lieux de formation, le parking. Une partie du parking contient les voitures qui vont être désossées, réparées, distribuées en fonction des possibilités qu’elles offrent aux apprenti-es ou de demandes client-es. Certaines semblent être là depuis des mois, un peu comme des corps en attente. Certaines portent des cicatrices du temps ou d’expérimentations passées. De la mousse pousse sur les rebords des vitres, des nids de guêpe se forment dans les embrasures des coffres, car la nature s’immisce toujours de manière têtue dans des interstices inattendues.



Et si ces voitures étaient animées d’une âme, à quoi pourraient-elles bien songer dans cette immobilité apparente ? Chercheraient-elles comme des stars oubliées à capter un regard admiratif ou bien ressasseraient-elles, habitées par des desseins de vengeance? Peut-être que certaines seraient prises du syndrome de Blanche Neige excitées d’accueillir des nids et des insectes?


Lors de mes recherches préliminaires, je me suis souvenue de plusieurs films qui dotaient les voitures d’une âme. Un amour de coccinelle, comédie réalisée en 1974 par Robert Stevenson, Christine film d’épouvante adapté du roman de Stephen King et réalisé par John Carpenter en 1983, ou encore K2000, une série d’action créée par Glen A. Larson en 1983.



Ces histoires de voitures sympathiques ou maléfiques, ont toutes en commun un lien indéfectible à leur propriétaire. Loyales, voir obsessionnelles, elles les protègent grâce à leur intelligence et pouvoirs particuliers.


Mais revenons un peu en arrière voulez-vous? Lors d’une de mes venues préparatoires, j’ai été fascinée par certaines voitures dépouillées de leur intérieur et de la place offerte par ce vide. J’ai eu envie d’avoir dans le cadre de la résidence une voiture qui deviendrait mon atelier, à l’image du concept de Room of it’s own de Virginia Woolf, une bulle privée, à moi, pour écrire ou créer. Peut-être une manière de trouver ma place au milieu des apprentis mécaniciens et des carrossiers. J’avais ce fantasme de transformer une de nos vieilles caisses (cf article précédant) en "pièce à moi".


Le premier jour de résidence, Sebastien Sergent m’a proposé deux voitures des années 90, une petite Ford Fiesta  bleu marine et une Renault Mégane rouge. L'une d'elles serait installée au sein des ateliers. J’ai choisi la Renault Mégane.


Et si cette voiture possédait une personnalité propre restée tapie jusque-là. Et si l’attention accordée lui permettait de prendre vie? A qui serait-elle loyale et que considérerait-elle comme une menace? Développerait-elle des liens privilégiés avec certaines personnes? Avec qui et pourquoi? Qui choisira-t-elle pour l’habiter?



Nous allons petit à petit transformer son histoire en modifiant sa carrosserie. Nous allons raconter une mutation, une étrange symbiose entre la mécanique et différentes formes du vivant, un peu champignon, un peu végétal, un peu animal.


Comment prendra-t-elle vie ? Sera-t-elle accueillante ? Inquiétante ? Et si elle choisissait de n’être habitée que par un-e seul-e humain-e, à l’image de l’épée enchantée de Merlin, Excalibur, qui n’a pu être délogée que par Arthur, à qui ouvrirait-elle ses portes ?



Elle a déjà un prénom et certains disent que nommer c’est déjà rendre réel.


Bienvenue Mégane R.



 
 
 

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